PÊCHE

Par Pascal Blais

Des erreurs qui nous entrainent vers la bredouille…

Je pêchais depuis deux heures sur un petit lac d’environ 300 mètres carrés. On m’avait assuré qu’il y avait du doré dedans… Plus le temps passait et plus j’en doutais car mes partenaires de pêche et moi n’avions pas encore eu une touche. Soudain, je décide carrément de changer de stratégie pour faire le contraire de ce que je faisais depuis le début de notre séance…

Boum! Un doré d’environ 3 livres happa le poisson-nageur de mon partenaire. Il l’attrapa tellement près de l’embarcation que j’aurais presque pu le voir alors que j’étais aux commandes du hors-bord. C’était un hasard disait mon côté conservateur, mais mon expérience lui me disait qu’il y a rarement de la chance à la pêche. Peu importe, on répète la même manœuvre et la théorie est confirmée puisqu’un autre poisson doré est mis dans l’épuisette. Malgré une eau très claire, le doré se trouvait dans moins de 5 pieds de profondeur à se faire chauffer au soleil! Bien oui, si je ne changeais pas de méthode de pêche qui au départ était de chercher des poissons entre 15 et 35 pieds de profondeur, j’étais cuit! La seule chose que j’aurais pris aurait été… un coup de soleil.

En effet, il y a plusieurs erreurs qu’on peut faire à la pêche (je m’inclus parfois là-dedans) qui nous coûtent souvent des captures répétées. Si vous le voulez bien, examinons quelques-unes qui sont très importantes à mes yeux. 

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Ne pas analyser toutes les conditions de pêche

Peu importe l’espèce de poisson que le pêcheur veut prendre, il doit analyser les conditions du moment et parfois celles qui ont précédé le jour de la pêche (oh oui, c’est rétroactif cette histoire-là). Dans le registre des conditions de pêche, j’inclus les paramètres suivants:

A- Température de l’eau (versus la température préférentielle de l’espèce visée);
B- Couverture nuageuse de la journée et des 2 jours précédents notre pêche;
C- Puissance du vent et provenance de la journée et des 2 jours précédents notre pêche.

Débutons par le premier critère des conditions de pêche, la température de l’eau. Je ne suis pas le premier qui en parle mais ce critère est le plus important selon moi. C’est pour cette raison que je l’ai mis en premier sur la liste. On doit toujours connaitre la température de l’eau au moment où on pêche. De plus, on doit connaitre la température à laquelle l’espèce pêchée est le plus confortable. Par exemple, si on vise la truite grise et que l’eau de surface est à 24 °C (75 °F), soyez assurés que très peu de truite évolueront de 0 à 15 pieds de profondeur (si elles le font, ce sera de brèves incursions). Elles seront fort probablement à plus de 20 pieds de profondeur où l’eau sera plus froide. Pourquoi? Parce que ce poisson aime l’eau froide qui tourne entre 7 à 10 °C (45 à 50 °F). Dans l’eau trop chaude trop longtemps, la grise peut mourir. Le contraire est aussi néfaste. Si la mouchetée est le poisson recherché et que l’eau est à 4,5 °C (40 °F) il est très probable qu’elle recherche l’eau plus chaude, à faible profondeur. En effet, ce poisson préfère une eau qui tourne entre 12 et 15 °C (55 et 60 °F). Vous comprenez le raisonnement? Sans être une règle formelle, le pêcheur qui active ses leurres dans l’eau qui se rapproche le plus de la température préférée de l’espèce visée a beaucoup plus de chance d’avoir de l’action.

Selon l’auteur, il est très important de vérifier la température de l’eau de surface avec le sonar lorsqu’on commence une journée de pêche. Souvent cette donnée apparaît en haut à gauche de l’écran.

La couverture nuageuse a aussi de l’influence sur le positionnement des poissons dans l’eau. Pas tous, mais plusieurs comme les salmonidés, le doré et même l’éperlan. Du côté des salmonidés et du doré, qui n’aiment pas nécessairement le soleil intense, on doit s’attendre à ce qu’ils évoluent plus en profondeur lorsqu’il fait soleil. De plus, si le soleil perdure depuis 2 ou 3 jours avant notre pêche, son influence pourra être encore plus marquée. C’est le degré de pénétration de lumière dans l’eau qui fait évoluer ces poissons plus en profondeur. Si le soleil intense atteint leurs yeux, ils vont probablement évoluer plus en profondeur. Vous comprendrez que cette situation n’est pas valable si l’eau du lac ou de la rivière est opaque ou trouble puisque les rayons du soleil entrent très peu dans l’eau. Même chose pour le vent. Comme la surface est brouillée par les vagues et diminuent le degré de pénétration du soleil dans l’eau, l’influence du soleil qui pousse les salmonidés et le doré plus en profondeur est diminuée lors de bons vents.

Pour des poissons sensibles à la lumière comme le doré et les salmonidés, une bonne couverture nuageuse est souvent très propice et facilite la tâche du pêcheur qui peut alors les capturer à plus faible profondeur.
PASCAL BLAIS

Comme dernier critère des conditions, il y a le vent. Même s’il est en bas de la liste, il est très influent sur le positionnement des poissons, autant sur le plan vertical qu’horizontal. En effet, la présence de vent la journée même ou plusieurs jours avant la pêche va généralement faire évoluer les poissons moins creux qu’ils le sont habituellement quand le vent est absent. Et encore une fois, si les bons vents durent depuis quelques jours avant votre pêche, cette influence sera décuplée. Toutefois, le vent possède une influence beaucoup plus marquée sur le plan horizontal. En effet, si le vent souffle du Nord vers le Sud, il y a de très fortes chances que les structures au Sud du lac vont être principalement choisies par les poissons et ce peu importe l’espèce. Il faut comprendre que le vent pousse beaucoup de nourriture (vers le Sud dans ce cas-ci) et les poissons qui sont opportunistes iront en profiter. Et je sais que je me répète, mais ici l’influence est très marquée. Et plus le vent souffle dans la même direction plusieurs jours d’affilés, plus le phénomène de concentration des poissons augmente. Ici, il est important de noter la direction des vents lors des 2-3 jours avant de pêcher. C’est un indicateur précieux qui vous fera sauver bien du temps de prospection. À ce sujet, je vous suggère l’application PredictWind qui vous permet de visualiser grâce à une carte la direction et la vitesse du vent du plan d’eau que vous voulez pêcher sans avoir à être présent. Pour moi, cette application est un outil incontournable.

Le vent active la vie dans les plans d’eau et rend normalement la pêche plus facile. Il est aussi important de bien vérifier sa direction et de se concentrer là où le vent frappe.

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Ne pas s’adapter…

Combien de fois avez-vous vu des pêcheurs effectuer le même rituel, jour après jour et obtenir des résultats décevants ou très décevants? Moi, j’en vois à tous les ans. Et ce qui me surprend toujours, c’est que ces pêcheurs ne se posent habituellement pas de questions… Se poser des questions est selon moi une des bases de la pêche. Il faut être curieux, il faut avoir des théories et surtout il faut changer des choses quand ça ne fonctionne pas. Ça s’appelle de l’adaptation! Le changement des conditions de pêche est souvent un facteur qui fera changer l’endroit où les poissons se situent ou encore le degré d’activité dans lequel ils sont. Par exemple, si le vent souffle vers l’Est depuis 3 jours et que soudainement il tombe, il y a de fortes chances que l’activité des poissons diminue et qu’ils ne se concentrent plus aux mêmes endroits. Dans ce cas, il faudra probablement pêcher avec des techniques plus subtiles et recommencer le travail de prospection pour les trouver car l’absence de vent éparpille souvent les poissons dans le plan d’eau. Le ciel se couvre et le vent se lève? Essayez de pêcher moins creux, avec des leurres plus agressifs! Vous savez, selon moi la pire qualité d’un pêcheur est la patience! En effet, si on ne prend pas de poisson avec la méthode qu’on emploie, c’est qu’on n’a pas la bonne. Il faut changer quelque chose et ne pas attendre. Une journée sur l’eau est vite passée et il faut réagir assez rapidement. Voici les paramètres qu’un pêcheur peut changer si la pêche ne fonctionne pas:

  • Secteur de pêche
  • Vitesse de traîne
  • Type de leurre-technique de pêche
  • Profondeur pêchée

Bref, ne rester pas trop longtemps sans rien faire si vous ne prenez pas de poisson. Adaptez-vous ou essayer de changer quelque chose pour renverser la vapeur!

C’est en s’adaptant aux conditions du moment (comme une journée ensoleillée et sans vent telle qu’illustrée sur la photo) que le pêcheur aura le plus de chance de tirer son épingle du jeu.
PASCAL BLAIS

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Ne pas prendre de notes…

Chaque plan d’eau est unique. La mémoire et une faculté qui oublie. Les conditions de pêche font changer le positionnement, la profondeur et l’humeur du poisson. Ces trois phrases sont en quelque sorte le cœur de cet article. En effet, il y a beaucoup de facteurs qui influencent le poisson et il est difficile de se souvenir de chacun d’eux. Si on ajoute à tout ça, le facteur du temps de l’année (oui les poissons vont parfois changer d’endroit et parfois de comportement selon les mois et les semaines) et que chaque plan d’eau est différent, la leçon devient impossible à retenir. De là, le sous-titre: prendre des notes. Oui c’est très important si on veut progresser en tant que pêcheur. Pour ma part, j’ai plusieurs livres de notes uniquement pour mes sorties de pêche. Chaque lac que je fréquente régulièrement a son livre! Dès que ma journée de pêche est terminée, je sors le livre dédié au lac et j’écris toutes les données qui me sont importantes. Les voici:

  • La date (très important car au fil des années j’ai pu me rendre compte que certains secteurs de lac étaient plus productifs durant le mois de juillet par exemple);
  • La direction du vent et sa puissance;
  • Le nombre, l’espèce de poisson capturé;
  • L’endroit des captures;
  • Les leurres utilisés pour les captures;
  • La couverture nuageuse;
  • La température de l’eau de surface.

Avant chaque sortie de pêche, je me fais un devoir de retourner dans mon livre et de lire les données recueillies qui sont le plus près de la date à laquelle je vais sortir. C’est ultra constructif! Grâce à mes notes, je réussis à me remémorer la sortie de pêche et de bons coups. Ça me permet de débuter sur une structure souvent payante selon les conditions que je vais avoir.  Au fil des années, j’ai réussi à me construire de solides patterns de pêche pour chaque plan d’eau sur lequel je consacre plusieurs jours de pêche par année. Donc, oui prendre des notes, c’est très payant, même pour un pêcheur!

Depuis de nombreuses années, l’auteur a pris l’habitude de prendre des notes au retour de chaque sortie de pêche et il consulte régulièrement celles-ci avant chaque nouvelle journée sur l’eau.

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Pêcher où il n’y a pas de poisson…

Oh là, cette section d’article peut vous paraitre ridicule. Mais encore une fois, je vois beaucoup de pêcheurs perdre un temps très précieux sur une structure qui ne cache pas de poisson. C’est la base de la pêche. Une fois le poisson trouvé, la job est faite à plus de 70%. Il ne reste qu’à présenter un leurre qui plait à la bonne profondeur et la bonne vitesse. Mais au contraire, s’il n’y en a pas près de vous (des poissons), il sera impossible d’en capturer même avec une présentation parfaite. À ce sujet, ma philosophie est assez simple. Pour passer du temps (+15 minutes) sur une structure a essayé diverses techniques, je dois être certain qu’il y a du poisson près. Je répète, je dois être certain… Je dois les avoir vus au sonar ou les avoir vu marsouiner. Bref, on doit être certain que l’espèce visée est bien présente près de nous… Et vous savez comme moi qu’il est difficile de connaitre l’espèce de poisson que le sonar*** nous indique (quand il y a plusieurs espèces dans le plan d’eau). Seuls les sonars Live, selon certains critères précis, peuvent indiquer un esturgeon ou un maskinongé car ces poissons ont des formes particulières. Sans cela, je me permets de toujours rester avec un doute dans mon esprit car même si on voit un poisson au sonar, on est rarement certain de l’espèce.

A

Ajoutez le texte de votre infobulle ici

PASCAL BLAIS

B

Ajoutez le texte de votre infobulle ici

Pour l’auteur pas question de pêcher dans le vide. Avant de lancer un leurre à l’eau il doit avoir vu des poissons à l’écran de son sonar (A) ou encore de l’action en surface (B).

On ne voit pas de poisson au sonar ou on n’en voit pas marsouiner. Qu’est-ce qu’on fait? On cherche! Oui, oui, on fait du bateau à la vitesse la plus élevée qu’on peut voir avec notre sonar et on cherche des poissons. On cherche jusqu’à ce qu’on trouve. Ils sont dans l’eau quelque part, c’est certain. Vous pensez perdre votre temps en agissant de la sorte? Non. Si vous pêchez dans un secteur sans poisson, là vous allez le perdre.

Conclusion

Faire des erreurs, fait partie de la vie. L’important, c’est d’apprendre de celles-ci! J’espère que j’aurai pu par le biais de cet article vous avoir éclairé sur certains aspects cruciaux de la pêche. Et je ne l’ai pas fait avec prétention! Chaque point sur lequel j’ai écrit m’ont déjà glissé entre les doigts dans le passé. Si j’avais pu lire cet article à mes débuts de pêcheurs, j’aurais certainement pu progresser plus rapidement dans ce merveilleux monde qu’est la pêche!  

*** Attention : les sonars peuvent difficilement voir les poissons directement collés au fond. C’est pour cette raison qu’il arrive que je tente ma chance sur des structures qui ont été très productives par le passé (moins de 15 minutes, pas plus) sans que j’aille la confirmation de la présence de poissons. De plus, il se peut que les poissons se trouvent à très faible profondeur ce qui fait en sorte qu’ils se déplacent à côté de l’embarcation et que votre sonar ne les voit pas quand vous les chercher. Si vous avez quadrillé le lac et que vous ne voyez pas de poisson, cette option peut être envisagée.

Superbe achigan à petite bouche leurré par l’auteur lors d’une journée nuageuse!

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