La pêche
à la mouche
à la traîne

Par Patrick Therrien

Bien plus qu’une technique!

Même si je pratique principalement la pêche à la mouche (PALM) à la traîne pour cibler les salmonidés du réservoir Kiamika et du lac Memphrémagog, cet équipement n’est pas réservé uniquement à ces espèces, ni à ces plans d’eau. Il peut être utilisé efficacement sur à peu près n’importe quel lac ou réservoir.

Ce qu’il faut surtout comprendre, c’est que cette approche va bien au-delà d’une simple technique de pêche. Il s’agit d’un véritable système de pêche, extrêmement performant, qui permet de cibler avec précision les premiers 20 pieds de la colonne d’eau.

Une approche développée sur plusieurs décennies

Ce n’est pas d’hier que j’utilise cet équipement pour pêcher les salmonidés. À la base, je pêchais déjà la truite à la mouche au lancer en rivière. Mais c’est réellement lorsque j’ai commencé à pêcher le lac Memphrémagog en bateau, il y a plus de trente ans, que mon approche a pris une autre dimension.

Avec mon partenaire de pêche, Jean-Charles, nous étions de bons pêcheurs de truites en rivière. Dès que nous avons pris nos premières ouananiches en lac, nous sommes rapidement devenus accros. Il faut dire que la ouananiche est un poisson exceptionnel. Son combat est intense, explosif, et hautement spectaculaire. Un peu comme la truite arc-en-ciel, elle est rapide, fait de longues «runs» et enchaîne les sauts acrobatiques. Sans rien enlever à cette dernière, j’ai toujours eu un faible particulier pour la ouananiche. Elle a ce petit quelque chose de spécial qui en fait, à mes yeux, ma préférée.

Des soies flottantes…aux soies calantes

Comme beaucoup, nous avons commencé avec des soies flottantes. Assez rapidement, nous avons réalisé que nous pouvions améliorer considérablement notre efficacité en intégrant des soies calantes à notre arsenal.

À ce sujet, je me souviens être tombé, au début des années 2000, sur un article du réputé magazine In-Fisherman qui traitait précisément de la pêche des salmonidés à la mouche à la traîne en lac, à l’aide de soies calantes. L’article mettait en vedette un pêcheur de Sherbrooke, qui pêchait entre autres le lac Memphrémagog et Massawippi, au Québec, ainsi que le Champlain, Willowby et autres plans d’eau de la Nouvelle-Angleterre. Je n’avais donc aucun doute que cette approche fonctionnerait pour nous aussi, car on le faisait déjà à notre façon. C’est toutefois à la lecture de cet article que nous avons rajouté les «shooting taper» (ultra-calante) à notre arsenal

Plus connu au Québec, un certain Jeannot Ruel avait également développé son propre système, le PALMEP, basé sur l’utilisation de sections de ligne plombée pour faire descendre mouches, poissons-nageurs et cuillères. Son système reposait sur différentes longueurs de lignes plombées, raccordées par un montage boucle à boucle, permettant d’ajuster rapidement la profondeur de pêche.

C’est à partir de ces bases que, au fil des années, nous avons développé notre propre système de pêche à la traîne à la mouche, en combinant différents types de soies et différentes longueurs de sections plombées.

L’auteur s’est inspiré d’un article lu dans le réputé magazine In-Fisherman pour commencer à utiliser des soies calantes à la PALM à la traîne.

Un arsenal de soies pour couvrir toutes les profondeurs

L’idée centrale du système est simple: utiliser différentes densités de soies afin d’atteindre différentes profondeurs avec précision.

Dans notre arsenal, on retrouve :

  • des soies flottantes,
  • flottantes à bout calant,
  • intermédiaires,
  • calantes (exemple type 5, type 7),
  • ultra-calantes de type shooting taper (exemple 450-850 grains),
  • ainsi que des sections de ligne plombée cinq couleurs, pour 20-30’ de profond.

Chacune a sa fonction et sa profondeur de travail spécifique.

L’auteur privilégie l’utilisation de plusieurs moulinets montés avec des soies (et fils plombés) de différentes densités permettant de faire nager ses leurres à différentes profondeurs. Sur la photo de gauche à droite: soie flottante, intermédiaire, calante type 5, shooting taper 850 gr montée au bout d’une flottante à bout calant, et plombée 5 couleurs. Dans le cas de la soie 850 gr de type shooting, il s’agit de sections de 30 pi de longueur. Il est donc, possible de les enlever facilement et de se servir de la flottante à bout calant seulement. Quelqu’un pourrait très bien aussi remplacer la soie calante type 5 (3e moulinet) par une soie shooting taper moins pesante (450, 550, 700 et 850 gr).

Bobines interchangeables ou plusieurs cannes?

Pour des raisons de coût, nous avons d’abord opté pour des bobines de rechange afin d’interchanger les soies sur un même moulinet. Rapidement, nous avons constaté les limites de cette méthode. Couper le fil, changer la bobine, rattacher la ligne…à la longue, ce n’est tout simplement pas pratique.

Oui, c’est une option valable pour quelqu’un qui veut économiser, mais dans les faits, on finit par éviter de changer de soie, ce qui nuit directement à l’efficacité. La solution idéale demeure d’avoir plusieurs cannes montées avec différentes soies. C’est plus dispendieux, certes, mais infiniment plus efficace sur l’eau.

L’auteur préfère nettement utiliser plusieurs cannes déjà montées avec des soies de différentes densités plutôt que de changer à chaque fois les bobines de soie. C’est beaucoup plus rapide et efficace…

L’équipement

La canne
Il existe une croyance populaire voulant qu’il soit inutile d’investir dans une bonne canne à mouche pour la traîne. Je vais être franc: c’est faux.

Je comprends qu’il puisse sembler absurde de placer une canne dispendieuse dans un porte-canne, surtout lorsqu’on ne lance pas. Toutefois, les cannes d’entrée de gamme posent un réel problème pour cette application. Elles ont souvent une action trop parabolique et sont beaucoup trop molles.

Avec une soie calante, la traction exercée dans l’eau sollicite énormément la canne. Une canne trop souple se retrouve déjà pliée presque au maximum avant même l’attaque du poisson. Résultat: lors d’une attaque rapide, la canne n’a plus aucune marge pour absorber le choc. Cela mène à des poissons mal piqués, des décrochages, voire des bris de bas-de-ligne.

À l’inverse, une canne de meilleure qualité, fabriquée avec un graphite plus rigide, supporte beaucoup mieux la traction des soies calantes. Elle conserve une réserve de puissance qui lui permet d’absorber efficacement les attaques fulgurantes des ouananiches et des truites arc-en-ciel.

Personnellement, je privilégie une canne de 9 pieds, soie #8, à action rapide. Je préfère la #8 à la #6, puisqu’elle supporte beaucoup mieux les soies calantes denses, ce qui se traduit par un meilleur ferrage et une meilleure absorption des attaques rapides. Pour la soie avec sections de ligne plombée, une canne #9 ou 10 est plus indiquée.

J’utilise également des cannes de type «switch» de 11 pieds lorsque j’ai plus de deux cannes à l’eau. Dans ce cas, je positionne les cannes de 11 pi de chaque côté du bateau, tandis que les cannes de 9 pi sont placées vers l’arrière. Cette configuration permet une meilleure gestion des lignes, limite les croisements et optimise la couverture de la colonne d’eau.

A

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B
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Une canne de bonne qualité est un avantage indéniable pour pêcher efficacement les salmonidés de belle taille comme la ouananiche que tient l’auteur (A).  Les salmonidés sont toujours très combatifs et une canne peu dispendieuse et trop molle ne donne aucune marge de manœuvre au pêcheur pour absorber le choc lors de la morsure ou durant le combat. La photo (B) illustre ici une canne de bonne qualité avec une rigidité convenant bien à la traîne

Le porte-canne

Il existe des portes-cannes spécifiquement conçus pour l’utilisation de cannes à mouche. Pour ma part, j’utilise depuis toujours le modèle #260 de Scotty, qui repose sur les mêmes bases de fixation que leurs portes-cannes conventionnels.

L’avantage d’un porte-canne spécialisé est qu’il positionne la canne dans le bon axe, ce qui est essentiel lorsqu’on pêche à la traîne à la mouche. Et si, comme moi, vous êtes un peu maniaque sur la précision, il est possible d’y ajouter un kit #415 de «slip disc», permettant un ajustement quasi infini de l’angle.

C’est particulièrement pratique lorsque l’on utilise différentes longueurs de cannes ou lorsqu’on aime garder le bout de la canne dans l’eau. Cette position aide à éviter que des brindilles, feuilles ou débris glissent le long de la soie et du bas-de-ligne et viennent se prendre sur le leurre.

Ça peut sembler un détail anodin, mais faire une passe de traîne avec une feuille ou une brindille accrochée à la mouche, est loin d’être efficace. Pire encore, ça peut faire vriller le bas-de-ligne au point de le rendre inutilisable, ce qui arrive surtout le printemps, avec tous les petits débris qui flotte à la surface.

Porte-canne de la compagnie Scotty utilisé par l’auteur pour ses séances de PALM à la traîne.

Le moulinet

Le moulinet doit impérativement être un modèle à Large Arbor, afin d’offrir une vitesse de récupération maximale. Ces poissons sont extrêmement rapides, et lorsqu’ils foncent vers le bateau, même un bon moulinet peut être mis à l’épreuve.

Côté frein, je recommande un frein scellé, avec une grande plage d’ajustement. Les moulinets de cette gamme ont l’habitude d’être de meilleure qualité. Ce qui est important, c’est que le frein doit glisser en douceur, sans variations lorsque la ligne déroule rapidement.

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B
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Les moulinets de type Large Arbor sont nettement à conseiller, car ils offrent une vitesse de récupération optimale (A). Remarquez la différence avec un moulinet standard avec bobine conventionnelle sur laquelle la soie s’embobine pratiquement jusqu’au moyeu (B).

Soies et vitesse de traîne

J’utilise principalement les soies Scientific Anglers. Ce sont celles avec lesquelles j’ai le plus d’expérience, et elles sont de qualité. Une soie coûte cher, mais bien entretenue, elle peut durer plusieurs années.

Il faut comprendre que la profondeur atteinte est directement liée à la vitesse de traîne. Plus la vitesse augmente, plus la traction exercée dans l’eau fait remonter la soie vers la surface. Le principe est exactement le même qu’avec une ligne plombée.

De façon générale, je pêche à des vitesses variant entre 2 et 2,5 mph. Toutefois, il peut être crucial de réduire la vitesse lorsque l’eau est froide, teintée, ou lors du passage d’un front froid. Dans ces conditions, les poissons sont souvent moins agressifs et une présentation plus lente s’avère beaucoup plus efficace.

À l’inverse, il ne faut pas hésiter à augmenter la vitesse si l’approche habituelle ne produit pas de résultats. Il m’est déjà arrivé de devoir pousser la traîne jusqu’à 4 mph pour provoquer des réactions chez la truite arc-en-ciel.

Bas-de-ligne : longueur et discrétion

En lac, j’utilise des bas-de-ligne très longs, souvent entre 20 et 30 pieds. Les poissons évoluent dans un environnement ouvert et ont une excellente vision. La discrétion est primordiale, surtout lorsqu’on pêche en suspension.

Le fluorocarbone est donc un incontournable. J’utilise généralement :

  • 6 lb (ou moins) pour la truite mouchetée.
  • 8 lb pour la ouananiche et la truite arc-en-ciel,
  • 10 lb pour la truite grise,

Lorsque je pêche très près du fond avec des soies ultra-calantes ou ligne plombée, je raccourcis le bas-de-ligne. Pour les présentations près du fond, j’opterais plutôt pour du monofilament à forte résistance à l’abrasion, mais ça, c’est un autre sujet.

Un point souvent négligé: la jonction entre la soie et le bas-de-ligne. Certaines boucles de soie sont beaucoup trop grosses. N’hésitez pas à les remplacer, sans quoi elles peuvent accrocher dans les anneaux lors d’une «run» et provoquer un bris.

La boucle entre la soie et le bas-de-ligne doit être petite pour éviter qu’elle ne puisse accrocher dans les anneaux lorsque le poisson prend la fuite et provoquer un bris.

Leurres : pas de recette magique

Je ne suis pas un puriste. J’utilise des streamers, mais aussi des poissons-nageurs et des cuillères. Je mets ce à quoi le poisson réagit le mieux. Il n’y a pas de recette magique. Et non, je ne dévoilerai pas ici tous mes leurres «secrets» 😉

A

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B

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L’auteur n’est pas un puriste et il utilise les leurres les plus efficaces du moment. Une journée ce sera les streamers qui auront les faveurs des salmonidés (A) alors que le lendemain les poissons nageurs pourront être imbattables (B). Il faut encore une fois s’adapter.

Comprendre la mécanique de la canne à mouche

Guider des pêcheurs qui n’ont jamais pêché à la mouche, encore moins la ouananiche, représente toujours un défi. Une canne à mouche, ça ne pardonne pas.

Le frein est réglé très léger pour ne pas déchirer la bouche fragile des salmonidés ou même, éviter de casser le fil lors des attaques-éclairs des ouananiches Si le pêcheur bloque la bobine avec la main, le poisson ne peut pas partir. Un moulinet à moucher, ce n’est pas comme celui d’un lancer léger. Si tu tiens la poignée du moulinet à mouche, la bobine ne déroule pas, tu empêches le poisson de partir. C’est l’équivalent de mettre la main sur la bobine d’un lancer léger en plein départ… Je vous laisse imaginer la suite.

Pourquoi la canne à mouche?

Parce que c’est une technique particulièrement performante pour couvrir avec précision les premiers 20 pieds de la colonne. Et surtout, parce que le combat est incomparable.

La ouananiche, ce n’est pas un poisson ordinaire. Ultra rapide, imprévisible, acrobatique. Désolé, mais un doré, ça n’a rien à voir. Livre pour livre, il n’y a que le saumon ou une grosse arc-en-ciel qui peut rivaliser. Une seconde, elle est au bateau. La suivante, elle est à 75 pieds et saute hors de l’eau. C’est ça, la ouananiche.

Une énorme ouananiche leurrée par l’auteur en pêchant à la traîne à la canne à mouche. Cette technique est non seulement ultra efficace, mais elle offre aussi un combat sans pareil.

Conclusion

La pêche à la traîne à la mouche est bien plus qu’une façon de pêcher. C’est un système complet, précis et redoutablement efficace. Mes plus grosses ouananiches, truites arc-en-ciel et truites brunes en lac ont été prises de cette façon. Et pour la truite grise de début de saison, je peux vous assurer que le plaisir est décuplé sur cet équipement léger.

Pour la truite mouchetée aussi, les résultats sont impressionnants, autant au printemps en surface qu’en été lorsqu’elle se tient plus profondément.

Bref… l’essayer, c’est l’adopter.

Le plaisir de prendre une belle grise à la canne à mouche au printemps est mémorable. Celle-ci a d’ailleurs été attrapée avec une cuillère ondulante Sutton et 5 sections de couleurs de ligne plombée sur canne à mouche.

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