Bien disposer ses appelants!

BERNACHE

Par Michel La Haye*
*L’auteur est guide
de chasse à la sauvagine

Le meilleur atout d’un chasseur de bernache est souvent sa capacité de s’adapter aux comportements des oiseaux, en tout temps et en toute circonstance, sans hésiter, mais de manière intelligente et ordonnée.

Chasser la bernache peut être très enlevant et agréable, mais cette activité risque parfois de devenir cauchemardesque si les bernaches refusent systématiquement de coopérer. Plusieurs chasseurs d’outarde expérimentés savent qu’il n’y a rien à faire quand les premiers groupes ne rentrent pas, car les autres suivent souvent le même pas de danse. Que faire en pareil cas?

Il faut considérer, dans un ordre précis d’exécution, chacune des composantes indissociables qui composent la chasse à la bernache, soit ce que j’appelle le trio infernal:  appelants, appels et caches. Ces trois éléments revêtent une importance équivalente quand on vise les outardes, mais il en va autrement pour d’autres types de chasse à la sauvagine. Par exemple, aux canards plongeurs, l’appel n’est pas un élément aussi important qu’à la bernache (bien qu’utile à certaines occasions), tandis que la disposition des appelants et l’invisibilité des chasseurs sont cruciales.

Le fameux trio infernal mentionné par l’auteur incluant les appelants, les appels les caches.

Ajustements selon le comportement naturel des bernaches

Pour chasser la bernache, l’approche la plus employée consiste à installer les appelants autour et en aval de la cache par rapport à la direction du vent, et à faire feu sur les oiseaux qui s’approchent de la position des chasseurs. C’est bien beau, mais cela ne fonctionne pas toujours. Alors, pourquoi ne pas commencer par déplacer la cache près d’un des flancs de la formation d’appelants, afin de faire feu sur des bernaches qui approchent latéralement par rapport à votre position de tir? De cette manière, les oiseaux qui atteindront votre installation s’intéresseront davantage au plan qu’à vous.

Si vous avez bien fait vos ajustements au niveau des appels et du camouflage de votre cache, les deux autres éléments du trio infernal, et que le truc précédent ne fonctionne pas, les bernaches demeurant méfiantes même en s’approchant davantage de vous, il y a peut-être quelque chose qui cloche au niveau de la disposition, de la qualité (réalisme) ou de la propreté de vos appelants ou de leur disposition, ce que je nomme le «plan».

Prenez cette situation par exemple, les outardes se posent en dehors des appelants ou vous survolent plusieurs fois sans se poser. Si les bernaches viennent passer près de vous et au-dessus des appelants sans se poser, ce ne sont sans doute ni les appels ni la présence de la cache qui les rebutent, mais bien un des problèmes suivants qui doit être réglé, les appelants sont peut-être:

– trop serrés les uns contre les autres comme des oiseaux effrayés

– trop distants compte tenu de la force du vent

– trop sales ou peu réalistes

Par temps calme, des oiseaux rapprochés indiquent qu’ils sont sur le point de décoller. Ceux dispersés çà et là vont toujours se rapprocher du groupe avant de tous s’envoler. En plaçant les sujets de vos petits groupes d’appelants trop près (photos ci-dessous) vous imitez un groupe qui s’apprête à partir. Bien souvent, les bernaches qui s’approchent en vol vont interpréter ce comportement comme un signe de danger et éviter de se poser à proximité de ce groupe au sol.

Les oiseaux se tenant en groupe très serré indiquent qu’ils sont sur le point de décoller. Disposer les appelants de cette manière risque d’effrayer les bernaches.

Au contraire, par temps venteux (photos ci-dessous), il faut disposer les appelants en petits groupes familiaux très compacts. Les bernaches détestent se faire retrousser les plumes par le vent, alors elles se rapprochent beaucoup et adoptent une formation serrée face au vent lorsqu’elles sont au sol dans de telles conditions. N’hésitez pas à disposer quelques appelants à moins de 50 cm les uns des autres quand il vente à écorner les bœufs!

Exemple de disposition des appelants très serrée imitant une situation par vent fort.

Un autre exemple, nous chassions à la passe (sous un corridor de vol et non dans un lieu de gagnage) par grand vent et nous avions disposé les appelants en groupes très compacts. Tout a bien fonctionné jusqu’à ce que le vent tombe et que le soleil apparaisse. À ce moment, les bernaches se sont mises à ignorer notre installation. En un clin d’œil, les trois clients et moi sommes sortis pour disperser les appelants aux quatre coins du champ, pour reproduire les oiseaux quand il fait un beau soleil sans vent (photos avant et après; ci-dessous). Les résultats ne se sont pas fait attendre, et nous avons rapidement atteint nos limites par la suite.

A

Ajoutez le texte de votre infobulle ici

B
Ajoutez le texte de votre infobulle ici

A : Disposition d’appelants serrée efficace par grand vent. B : plan après les ajustements lorsque le vent a tombé. Les appelants ont été davantage dispersés.

Des appelants trop sales ou qui manquent de réalisme peuvent aussi poser problème. Quand on observe des oiseaux au sol, on constate vite que leur plumage est immaculé et sans faille. En effet, dans le cas contraire, ils n’arrivent pas à décoller et à contrôler leur vol. J’ai déjà observé des bernaches peinant à atteindre 30 m d’altitude simplement parce qu’un peu de boue était restée collée à leurs palmes. Des appelants sales et couverts de boue sont irréalistes et les bernaches le savent. On peut tâcher de nettoyer quelques appelants salis lors du transport sur le lieu de chasse, ou encore retirer les plus sales et n’utiliser que ceux encore propres. C’est le même principe avec le givre ou la neige. Je préfère nettement chasser avec dix appelants propres que 70 sales, enneigés ou givrés!

Le réalisme des appelants peut aussi laisser à désirer. Des appelants recouverts d’un matériau qui absorbe les reflets de la lumière et exhibant une disposition et des couleurs de plumage reproduisant exactement celles de vraies bernaches sont idéals (photo ci-dessous). Comment savoir si le réalisme de vos appelants est en cause? Vous pouvez tenter d’en doubler le nombre ou d’en garder seulement quelques-uns. Si, dans les deux cas, les outardes continuent à ne pas vouloir s’approcher suffisamment, il faut revoir les situations précédentes ou envisager une autre explication.

Des appelants propres et réalistes sont toujours un gage de succès comme le démontre ces belles récoltes.

Présence de turbulences:

Dans un autre scénario, disons que les bernaches tournent autour de vous à basse altitude sans se poser, mais sans se montrer craintives. C’est donc qu’elles n’ont peur ni de vos appels ni de votre cache, et surtout pas des appelants. Problème à régler: il est d’ordre aérodynamique et il empêche probablement les bernaches de bien contrôler leur approche finale.  Je vous explique, on dit que les bernaches sont grégaires, ce qui se vérifie, mais surtout à l’intérieur d’un même clan et non entre différents groupes. C’est pourquoi vous devez toujours aménager un espace assez vaste sans appelant au centre de votre plan devant la ou les caches. Cela rend les bernaches très confiantes, si bien qu’elles s’y jettent sans craindre de représailles de la part de leurs congénères. 

Si vous remarquez qu’elles semblent moins contrôler leur approche à la toute fin, et qu’elles se relèvent un peu pour se jeter de chaque côté des appelants, en amont ou en aval de ceux-ci, quelque chose crée des turbulences et nuit à leur vol. Il peut s’agir d’un gros bosquet d’arbres ou d’une butte par exemple, et le plus souvent les bernaches préféreront se jeter un peu plus loin pour éviter toute confrontation avec celles au sol, en l’occurrence vos appelants. Dans ce cas, on doit réagir rapidement et déplacer la cache et les appelants loin de cette source de turbulences (photos ci-dessous avant et après).

A

Ajoutez le texte de votre infobulle ici

B
Ajoutez le texte de votre infobulle ici

A: problème de turbulence causé par la présence d’un bosquet d’arbres empêchant les oiseaux de se jeter à l’endroit souhaité. B: résultat une fois la cache et les appelants relocalisés.

Changement de direction du vent

Si rien ne fonctionne en appliquant les correctifs suggérés précédemment, il reste une dernière option en guise de porte de sortie. Vous ignorez toujours ce qui cause le problème, alors en dernier recours vous pouvez essayer de chasser «à l’envers» (voir édition novembre 2025).

Deux approches sont possibles :
– vent de face avec les appelants au vent (vous faites feu dos aux bernaches);
– vent de dos ainsi que les appelants (vous faites feu sur les bernaches qui viennent vers vous).

Nous avons déjà traité de l’approche à l’envers, mais avec un vent arrière ou partiellement de face, des ajustements au plan de base, soit un plan en «W» face à la cache avec un gros groupe devant la cache, deux autres de chaque côté et deux derniers plus éloignés devant les ouvertures ainsi créées (figure 1), peuvent souvent sauver la mise! Il s’agit d’apporter des modifications au plan pour l’ajuster à l’axe d’approche des bernaches sous les nouvelles conditions de vent tout en gardant la zone d’atterrissage devant la ou les caches. Je vous ai illustré quatre situations de vent par rapport à la position de la cache, arrière, arrière de travers, de côté et de travers avant (figures 1 à 4). Il faut donc parfois faire une rotation du «W» par rapport à la position de la cache, et, dans certains cas, ajouter des petits groupes hors portée, mais qui guideront les voiliers vers la zone d’atterrissage lorsqu’un changement brusque de direction du vent survient (figures 3 et 4).

Conclusion

Certains matins, malgré tous vos ajustements, rien ne semble fonctionner. Il existe pourtant une approche simple que vous pouvez tenter. Normalement, dans une installation de chasse à la bernache, les appelants sont en grande partie sous le vent par rapport à la position de tir des chasseurs, surtout quand on chasse avec le vent dans le dos. Mais comme mentionné ci-dessus, il est aussi possible de chasser avec le vent de côté par rapport à la zone de tir. Ainsi, la majorité des appelants se trouvent en amont du vent et on fait feu quand les bernaches se jettent derrière les derniers.

Pour terminer, j’ai ajouté quelques figures qui synthétisent les nombreuses informations fournies dans cet article. Consultez et imprimez-les, elles pourraient vous être fort utiles cette saison, que je vous souhaite, en mon nom, et celle de l’équipe Sauvaginemlh.com (photos ci-dessous), fructueuse, agréable et même réparatrice dans certains cas  :)

Retour en haut