Ma perception et mes explications sur les habitats préférentiels que les orignaux utilisent
En vieillissant, au courant de ma vie, j’ai acquis une certaine sagesse professionnelle. Aujourd’hui, lorsque je m’exprime sur une facette de la vie des bêtes, je donne mon opinion plutôt qu’une définition scientifique de la situation présente. Je suis beaucoup plus prudent dans mes affirmations et je laisse de la place à l’interprétation, aux hypothèses et aux impondérables.
Voici donc ma propre définition condensée, (vulgarisée), de ce que sont les habitats préférentiels de l’orignal.
Les orignaux évoluent tout au long de l’année dans des combinaisons de forêt relativement faciles à identifier. Par contre, il y a des habitats voir des peuplements forestiers ou des combinaisons de peuplements, qui attirent plus régulièrement, les bêtes d’un secteur en particulier. Je considère qu’il est important pour un chasseur de savoir reconnaître les habitats préférentiels présents dans son secteur de chasse.
Après cette prospection mes attentes, ou plutôt, mon espérance était que cette chasse serait relativement facile. J’avais même dit à Pierre que nous allions abattre un mâle en moins de 2 jours.
Je croyais fortement que les orignaux de l’Alberta seraient faciles à attirer par les mêmes appels que les guides professionnels de l’Est du Canada, émettent. En Alberta, la grande majorité des «chasseurs-résidents» chassent en véhicule tout-terrain ou en camion. Très peu, sinon presque personne n’entre directement sous les couverts comme nous le faisons dans l’Est. Je m’attendais donc à des orignaux ultra-réceptifs, faciles à approcher ou à attirer vers nous. D’ailleurs à cet effet, deux chasseurs d’expérience, que nous avons rencontrés en VTT, nous ont littéralement demandé si nous n’étions pas un peu téméraires de chasser à pied en présence de grizzlis…
Les habitats préférentiels
Les forêts matures inéquiennes mixtes à tendance résineuse sont selon mon expérience les meilleures forêts pour abriter régulièrement les orignaux de jour. Elles seront encore plus importantes pour les orignaux d’un secteur, si en plus, des perturbations naturelles telles que la tordeuse d’épinette, le verglas et ou un chablis partiel y sont passés lors des 2 à 25 dernières années. Les forêts mixtes à tendance feuillus suivront de près si vous êtes sur la rive-nord du St-Laurent.
Les forêts matures mixtes à tendance résineuse sont parmi les meilleures forêts pour abriter régulièrement les orignaux de jour selon l’auteur. Sur la photo une vue aérienne de ce genre de secteur.
Les secteurs composés à fort pourcentage de peuplements de feuillus sont d’ordre général moins populeux en bêtes et aussi moins faciles à analyser. Dans ces cas-là, il faut chercher la rareté. Les parcelles de résineux de bonne densité et hauteur sont alors très souvent les endroits pour y rechercher les bêtes durant les heures de forte activité. Sinon les peuplements de feuillus inéquiens avec encore une fois un passé de perturbations naturelles sont les peuplements à cibler comme habitats préférentiels.
Dans tous les cas, ce qu’il faut savoir, c’est que le parterre a besoin d’entrée de lumière pour produire de la nourriture de jour pour les bêtes. Plus les trouées sont grandes et nombreuses, plus la disponibilité et la variété de nourriture sera grande. Le tout entouré d’arbres ombragés et vous avez l’image d’une maison à orignal.
L’expérience m’a démontré qu’au Bas-St-Laurent et en Gaspésie, avec le passage de nombreuses épidémies de tordeuses depuis 2019, les forêts de vieux sapins sont maintenant des endroits où les orignaux évoluent sans jamais en sortir. Même que dans certains cas, de jeunes parcelles de régénération parfaite, à proximité, ne sont pratiquement pas visitées par les orignaux du secteur. Cette réalité peut aussi s’appliquer à d’autres régions du Québec où la forêt est constituée majoritairement de peuplement de résineux.
L’humidité est le dernier facteur à considérer pour raffiner vos prospections et vos recherches. À cet effet, en collaboration avec Jason Tremblay Morneau et Alexandre Vincent de Cartesxperts, nous avons lancé une formation en ligne. Cette formation qui vous enseigne l’utilisation d’un nouvel outil de prospection et d’analyse de carte, révolutionnera à jamais la chasse à l’orignal. L’humidité provenant du sol n’est pas toujours perceptible par l’œil humain. L’humidité dans le sol peut être présente n’importe où sur n’importe quel type de parcelle. Mais il faut la percevoir pour s’assurer d’être au bon endroit.
L’aide des cartes Xperts facilite le ciblage des zones prérérentielles de l’orignal.
Les parterres ayant subi des coupes forestières récentes, deviendront dans bien des régions des sites nourriciers préférentiels. Mais, ils ne seront intéressants à chasser, pour la grande majorité des cas, que durant deux heures en matinée et une heure en fin de journée. Cette réalité sera observable jusqu’à ce que la ou les parcelles deviennent des parcelles de régénération.
Entre 8 et 10 ans après le passage des opérations forestières, les parcelles deviennent des forêts de régénération. Durant cette période, l’évolution du milieu peut être très variable. Au départ, est-ce que le secteur a subi une coupe totale, une coupe partielle, des coupes avec protection de régénération (CPR) ou des coupes totales, entre autres! Chaque type d’intervention fera en sorte que le parterre suivra une évolution différente. Il y a aussi les plantations et le travail de débroussaillage qui influencent beaucoup l’évolution des parterres.
Pour ce qui est des parcelles de jeunes régénérations, j’aime mieux dire qu’elles sont des sites nourriciers primaires plutôt que des habitats préférentiels.
Les secteurs de coupes forestières récentes deviendront après quelques années des sites nourriciers primaires propices à chasser durant deux heures en matinée et une heure en fin de journée.
Les habitats transitionnels
Certains chasseurs n’ont pas la chance d’avoir sur leur territoire des habitats ou des sites nourriciers préférentiels. Ils ont donc souvent des forêts matures ou non matures de deuxième ordre. Mais parfois, et même souvent, dans certaines régions, ils ont sur leur territoire, des habitats transitionnels. Pour la recherche ou l’analyse de carte, je leur recommande de fouiller plus loin autour de leur territoire pour identifier les habitats préférentiels. Une fois bien identifié, tracez les trajets probables que les orignaux du secteur empruntent pour se déplacer. Il faut savoir que les orignaux sont des proies et n’aiment pas évoluer très longtemps sur les mêmes combinaisons de parcelles. Lorsqu’ils se déplacent, ils sont la plupart du temps très actifs, voire réceptifs. Effectuer cette démarche sur une carte vous permettra de déterminer où placer vos salines, postes d’affût et même vos trajets de marche si vous pratiquez la chasse en déplacement.
L’analyse des parcelles entourant les bûchés et les forêts de régénération vous permettra d’établir par où les bêtes risquent de circuler plus régulièrement. Cette façon de faire vous permettra d’établir les emplacements des salines et des postes d’affût.
Peu importe qu’il y ait des habitats préférentiels ou des habitats transitionnels sur votre territoire, si vous le lisez bien, vos chances d’être au bon endroit au bon moment sont pratiquement aussi fortes. Il s’agit simplement d’adapter des stratégies de chasse en fonction de votre réalité.
3 caméras de chasse placées dans des habitats préférentiels de l’orignal.
L’auteur se préparant à sortir un autre beau buck d’une zone d’habitat préférentiel de l’orignal.
Définition : Inéquienne
Une forêt ou un peuplement forestier inéquien(ne) est caractérisé par une structure d’âges hétérogène, c’est-à-dire qu’il contient des arbres de plusieurs classes d’âge (jeunes, adultes, vieux) bien représentées et réparties, contrairement à une forêt équienne où les arbres sont presque tous du même âge.