LiveScope, réseaux sociaux et pression de pêche: quand la responsabilité du pêcheur devient plus importante que jamais!

PÊCHE

Par Patrick Therrien

L’éthique avant la technologie

Être pêcheur vient avec une responsabilité. Celle de prendre soin de la ressource.

Avec l’arrivée des technologies de live imaging comme le LiveScope, la pêche sportive a franchi un cap majeur. Jamais il n’a été aussi facile de localiser et de cibler les poissons. Pour plusieurs, ces outils représentent un rêve devenu réalité. Pour d’autres, ils soulèvent des questions fondamentales sur l’éthique et la pression exercée sur nos pêcheries.

Le débat, toutefois, ne devrait pas porter sur la technologie elle-même, mais plutôt sur la façon dont elle est utilisée.

1. La technologie n’est pas le problème

Chaque avancée technologique a suscité son lot de critiques. Le flasher, le sonar 2D, le Side Imaging…Tous ont été vus, à leur arrivée, comme des outils qui allaient «trop loin». Pourtant, aujourd’hui, ils font partie intégrante de la pêche moderne.

Le LiveScope s’inscrit dans cette même évolution. C’est un outil performant, instructif et extrêmement efficace. Il permet de mieux comprendre le comportement des poissons et d’adapter nos approches. Se priver volontairement de cette technologie au nom du fair chase n’est pas réaliste. Le vrai enjeu n’est pas l’outil, mais la personne derrière l’écran.

2. Légalité versus éthique

Respecter les règlements ne signifie pas nécessairement agir de façon responsable.

Cibler des dorés trop profonds en sachant que plusieurs poissons remis à l’eau ne survivront pas à cause du barotraumatisme*. Pêcher des achigans en profondeur en prévoyant devoir les «fizzer**». Ou encore cibler le maskinongé lorsque la température de l’eau est critique. Tout cela peut être légal… sans pour autant être éthique. L’éthique commence là où la réglementation s’arrête.

Pêcher des poissons en profondeur et devoir les «fizzer**» avant de les relâcher car ils souffrent de barotraumatisme* n’est pas illégal, mais certainement pas éthique.

Crédit : Fizzing kit Baro Care Amazone

*Le barotraumatisme chez les poissons est une blessure causée par un changement rapide de pression. Cela se produit principalement lorsqu’un poisson vivant en profondeur (généralement plus de 10 mètres) est remonté trop vite à la surface par un pêcheur.

** «Fizzer» un poisson consiste à percer délicatement la vessie natatoire à l’aide d’une aiguille hypodermique creuse (souvent de calibre 16 ou 18) pour laisser s’échapper l’excès d’air causé par le barotraumatisme.

3. Une pression de pêche sans précédent

Le pêcheur moyen d’aujourd’hui est mieux informé, mieux équipé et plus efficace qu’il ne l’était il y a 20 ans. La courbe d’apprentissage est plus courte et les succès arrivent plus rapidement. Résultat: la pression exercée sur la ressource est plus intense que jamais.

Autrefois, une minorité de pêcheurs expérimentés capturait la majorité des poissons. Aujourd’hui, la vaste majorité des pêcheurs sont compétents. Cette réalité exige une réflexion collective sur nos pratiques.

Désormais la pression de pêche est plus élevée car les pêcheurs sont non seulement nombreux, ils sont aussi plus efficaces que dans le passé.

4. L’égo et les réseaux sociaux

Les réseaux sociaux amplifient un problème bien réel: la recherche de reconnaissance.

Lorsque la photo, la vidéo ou la validation publique prennent le dessus sur la survie du poisson, il y a un malaise. Même si ce comportement ne concerne qu’une minorité, son impact peut être significatif sur des populations déjà fragiles. Ce n’est pas une question de blâme, mais de prise de conscience.

Manipuler le poisson avec soin avant sa remise à l’eau fait partie des comportements éthiques que tout pêcheur devrait essayer de respecter.

5. Le rôle des guides et de l’éducation

Les guides de pêche occupent une position clé. Par leur expérience, leur présence constante sur l’eau et leur visibilité, ils ont une responsabilité accrue. Donner l’exemple, éduquer, expliquer calmement pourquoi certaines pratiques sont préférables à d’autres fait partie du rôle.

Il ne s’agit pas de dénoncer publiquement ou d’humilier, mais de sensibiliser. C’est par l’éducation que les mentalités évoluent, pas par la confrontation.

L’auteur se fait un devoir de donner l’exemple à ses clients et d’expliquer pourquoi certaines pratiques sont à éviter.

Conclusion

Nous avons tous fait des erreurs. Nous en ferons encore. C’est ainsi que les bonnes pratiques évoluent.

Le véritable problème survient lorsque l’égo prend le dessus sur le jugement, malgré la connaissance des impacts. Même si certaines actions sont légales, elles doivent continuer d’être questionnées lorsqu’elles nuisent à la ressource.

La pêche sportive est en pleine évolution. À nous, passionnés, de lui donner la bonne direction, avec respect, avec jugement, et surtout, avec éthique.

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