ORIGNAL

Par Marco Chabot

Dans une série de deux articles, l’auteur nous partage ses conseils pour améliorer vos sens tels que la vue, l’ouïe, l’odorat et le toucher afin d’augmenter vos chances de récolter un orignal. Voici le premier article qui porte sur comment améliorer votre vision pour repérer les orignaux.

Améliorez vos sens partie 1

La vue

Un jour je guidais un client et nous avions marché tout l’avant-midi dans la forêt à la recherche d’indices de la présence d’orignaux. En forêt, le client marchait derrière moi, tel que je le lui avais demandé. Puis le temps a passé et nous devions retourner au «pick up» pour récupérer les autres membres du groupe. Une fois rendu dans un large chemin forestier, mon chasseur s’est mis à marcher plus vite et à me devancer. En tournant une courbe il était environ à 10 mètres devant moi, lorsque j’ai vu une femelle totalement à découvert à sept mètres sur le côté du chemin. Elle était figée avec des feuilles dans sa gueule. J’ai arrêté de marcher pour observer la scène. Le seul mouvement que la femelle ait fait, c’est de suivre le chasseur avec sa tête pendant qu’il passait devant elle. Il épiait le sol à la recherche de pistes d’orignal. La femelle semblait aussi surprise que moi! Je me disais qu’il était impossible que le chasseur ne l’ait pas vue. Pourtant, le chasseur continuait de s’éloigner alors j’ai sifflé pour attirer son attention. Il s’est arrêté et s’est retourné pour me regarder. J’ai pointé mon doigt dans la direction de l’orignal et lorsqu’il a vu la majestueuse femelle si près de lui, à 10-11 mètres. Il a saisi son arme en panique et elle s’est enfuit avant même qu’il ne puisse appuyer la crosse de son arme contre son épaule. Il m’a ensuite crié: «Elle est dont ben arrivée vite et sans faire de bruit!» Je lui ai répondu: «Non, elle était déjà là ! Elle t’a regardé passer!»

Bien que je sois conscient que plusieurs chasseurs auraient vu cette femelle, je peux vous affirmer qu’au fil de mes années de chasse et de guide, l’un des aspects qui me surprend le plus est sans contredit le nombre incalculable de chasseurs que j’ai vus fixer trop souvent le sol au lieu de scruter le moindre recoin pour voir s’il y avait un orignal. Bien sûr, lorsque j’ai commencé à chasser, moi aussi je regardais où je mettais les pieds pour ne pas trébucher ou pour éviter de faire du bruit. Moi aussi je recherchais les pistes comme si c’était un élément indispensable à mon succès de chasse. Or, à force de voir les orignaux déguerpir ou justement à force d’entendre les orignaux s’enfuir sans pouvoir les voir, j’ai réalisé que je m’y prenais mal.

Souvent les chasseurs d’orignaux ont tendance à trop regarder souvent vers le sol au lieu de scruter l’horizon.

Marcher et tout voir: la technique du radar

Plusieurs chasseurs utilisent une technique de déplacement assez populaire qui consiste à regarder où l’on met les pieds pendant trois ou quatre pas, puis de s’arrêter pour regarder un peu partout pendant quelques secondes et ensuite de repartir en regardant à nouveaux nos pas au sol pour éviter de faire du bruit. Cette technique, communément appelée la chasse fine, est très bonne. Sauf que celle-ci ne me convient pas si je souhaite parcourir une longue distance, car les arrêts sont trop fréquents. De plus, chaque fois que notre regard est dirigé sur nos pas ou sur le sol, ce sont des secondes de moins durant lesquelles on peut voir notre gibier. Finalement, lorsque nous sommes arrêtés et que nous regardons tout autour, nous n’avons qu’un seul angle de vision, c’est-à-dire l’angle du point de vue où nous nous sommes arrêtés. Alors que si on regarde tout autour en se déplaçant, on obtient différents angles de vision à chacun de nos pas.

Avec les années, j’ai développé une technique, que j’appelle la «technique du radar». Cette technique me permet de regarder tout autour de moi pour voir les orignaux avant qu’ils déguerpissent et ce, tout en marchant et en évitant les obstacles au sol. Grâce à celle-ci, ma vision est devenue ma plus grande force lorsque je chasse. Je peux voir les orignaux qui sont loin ou près de moi, ceux qui sont bien camouflés et même ceux que j’ai dépassés sans m’en apercevoir. Cette technique me permet aussi de repérer des indices tout en me déplaçant. Elle me permet aussi de me déplacer rapidement si je le souhaite. Je vais décortiquer la technique du radar en trois étapes.

Illustration de la technique du radar pour faire une chasse fine efficace et couvrir plus de terrain.

Étape 1 : Examiner le sol et l’horizon devant nous

La première étape de la technique du radar est la plus difficile, mais la plus importante. Tout en marchant, je regarde brièvement à mes pieds, puis je me lève la tête en examinant le sol devant moi sur une dizaine de pieds et finalement je lève la tête en l’air pour regarder s’il y a un orignal devant moi (voir la flèche dans la section jaune de l’image). Cette étape me permet de visualiser le sol pour repérer les indices tels que des traces, des crottes, des broutages. C’est aussi durant cette étape que mes yeux identifient les obstacles et que mon cerveau planifie mes prochains pas. En fait, mon cerveau s’efforce de retenir quels sont les obstacles à franchir, leur hauteur et leur distance pour effectuer mes trois à quatre prochains pas. Lorsque les obstacles sont petits, tels que des branches, de petits bas-fonds, de petits arbustes, ou lorsque je suis dans un chemin ou dans un sentier, je n’ai plus besoin de regarder le sol pour faire mes prochains pas, car mon cerveau planifie mes pas pour éviter, contourner ou enjamber ces obstacles. Cet examen du sol et de l’horizon devant moi me prend une à deux secondes.

Au fil du temps, j’ai appris à faire confiance à mon cerveau et j’ai aussi appris à sentir le sol sous mes pieds. Pendant que j’avance, mes pieds sont devenus mes yeux qui scrutent le sol en quelque sorte et je tourne ou bouge mes pieds en fonction des obstacles et du relief. Je fais de moins en moins de bruit parce que mon pied sent la branche sous la semelle de ma botte. Je vous l’accorde ça prend une certaine coordination et de la pratique. La meilleure suggestion que je peux vous faire est de vous pratiquer dans un chemin, puis ensuite dans un sentier et finalement dans la forêt lorsque vous êtes en confiance. Avec de la pratique, vous verrez que vous n’aurez plus besoin de regarder vos pieds se déposer au sol. Si ça peut vous rassurer, je n’hésite pas à appuyer ma main sur un arbre au passage pour prévenir un déséquilibre.

C’est certain que je prends le temps de bien regarder où je mets les pieds pour me déplacer en toute sécurité et être moins bruyant lorsque je réalise que des obstacles représentent un danger pour trébucher ou si je sais que franchir les obstacles fera énormément de bruit. Toutefois, avant et après avoir franchi chaque obstacle dangereux ou bruyant, il est important de regarder tout autour de soi pour voir s’il y a un orignal.

Étape 2 : Regarder autour de soi

Une fois que j’ai terminé la première étape, c’est-à-dire une fois mon regard est rendu devant moi et qu’il n’y a aucun orignal devant moi, je continue de marcher et je tourne la tête (par exemple vers la gauche) en regardant partout dans la forêt jusqu’à mon épaule. Puis je refais la rotation en sens inverse tout en regardant toujours dans la forêt jusqu’à ce que ma tête et mon regard reviennent vers l’avant. Bref, la tête tourne jusqu’à mon épaule et revient devant moi, mais je ne lâche pas la forêt des yeux. Cette étape me prend environ deux-trois secondes (voir les flèches dans la section blanche de l’image).

Une fois que ma tête est de retour en avant et qu’il n’y a toujours pas d’orignal, je penche la tête vers le sol, je le scrute sur les 10 prochains pieds environ de l’avant jusqu’à mes pieds, puis je relève de nouveau la tête pour regarder mes prochains pas de mes pieds vers l’avant tel qu’indiqué à l’étape 1. Donc, je fais également un aller-retour avec mes yeux pour examiner le sol devant moi. Cet aller-retour me permet de voir les indices et de planifier mes trois à quatre prochains pas à travers les obstacles peu dangereux. Puis, une fois que j’ai regardé devant moi à nouveau pour voir s’il y a un orignal en avant, je tourne la tête dans l’autre sens (par exemple vers la droite) jusqu’à mon épaule. Mes yeux regardent partout pendant que ma tête fait l’aller-retour entre l’avant et mon épaule pour ensuite revenir vers l’avant. Puis, une fois revenue à l’avant, je recommence l’étape 1 en faisant un aller-retour du regard vers le sol devant moi. Quand je fais face à un obstacle dangereux ou bruyant, je m’arrête et je regarde tout autour dans la forêt d’une épaule à l’autre. Ensuite, je regarde où je mets les pieds pour franchir l’obstacle. Une fois l’obstacle franchi, je regarde à nouveau d’une épaule à l’autre pour m’assurer qu’il n’y a pas de gibier à proximité. Puis je recommence les étapes 1 et 2 pour me remettre à marcher.

Le fait de me déplacer tout en regardant autour maximise les différents angles de vue. Par exemple, si un arbre me bloque le champ de vision au premier pas, il est possible que je dépasse l’arbre à la 3e enjambée et que le nouveau point de vue m’offre la vision tant espérée d’un orignal. J’augmente aussi considérablement le temps que je scrute l’horizon tout en me permettant de repérer les indices et les obstacles au sol à tous les trois ou quatre pas. En forêt, cela me permet aussi de me déplacer lentement, mais sans toujours devoir m’arrêter. Je fais des arrêts lorsque je fais face à des obstacles, lorsque je souhaite faire du «rattling», lorsque je désire tendre l’oreille et mieux entendre ou lorsque je veux regarder derrière moi tel que décrit à l’étape 3. Dans un chemin ou en sentier, cette technique me permet de me déplacer très rapidement vers un endroit plus prometteur tout en zieutant tout autour de moi au cas où un orignal se trouve sur mon parcours.

Étape 3 : Regarder derrière soi

Pour la troisième étape de la technique du radar, il faut s’immobiliser de temps à autre pour regarder derrière soi. Surtout si vous utilisez de l’urine d’orignal ou de jument ou si vous faites des séances d’appels en vous déplaçant. L’orignal qui vous a entendu ou qui a senti votre odeur d’urine était peut-être trop loin pour que vous puissiez le voir tout en marchant, mais il faut que vous soyez capable de le repérer s’il s’approche dans votre dos (voir la flèche dans la section bleue dans l’image).

S’exercer à apercevoir les différentes parties de l’anatomie d’un orignal à chaque fois qu’on en a l’occasion vous aidera à détecter les bêtes difficiles à repérer en situation de chasse.

Comment aiguiser sa vision

Il n’y a pas meilleur exercice pour aiguiser sa vision que celui d’observer un orignal vivant. Chaque fois que j’en ai l’occasion, je regarde toutes les parties du corps de l’animal, sa forme, ses pattes, son cou, sa tête, ses oreilles, son museau. J’observe la couleur de son poil sur le dos, son flanc, ses fesses, ses pattes et sa bosse sur le dos. Je mémorise aussi comment il se déplace, comment il se positionne, comment ses oreilles bougent, etc. J’imprègne mon cerveau de toutes ces images en plus de profiter du merveilleux moment que la nature m’offre. On peut aussi utiliser Internet pour visionner des photos ou des vidéos du roi de nos forêts.

Il est important d’aiguiser sa vue parce que repérer un orignal camouflé dans la forêt n’est pas toujours facile. Il faut que nos yeux soient capables de reconnaître un museau ou un bout de corne qui dépasse à peine le rebord d’un arbre, les oreilles au travers des aulnes, la ligne horizontale que forme le dos ou la ligne verticale d’une patte que l’on peut à peine percevoir sous les branches basses d’une épinette ou un orignal couché au sol qui rumine. Il faut s’exercer pour être capable d’apercevoir une oreille qui vient de se tourner dans votre direction alors que tout le reste de la bête est caché derrière des St-Michel. Il faut être aussi capable d’identifier s’il y a un seul orignal ou s’il y’en a un deuxième derrière, pour éviter le double abattage, etc.

Les jumelles sont devenues un outil indispensable pour l’auteur.

L’équipement indispensable

Dans mes premières années de chasse, je n’aimais pas utiliser une paire de jumelles. Je les trouvais encombrantes et je me disais que ce n’était pas si important puisque de toute façon il faut que l’orignal soit bien à découvert pour effectuer un tir. Avec l’expérience c’est devenu un outil indispensable pour moi. Les jumelles me permettent de confirmer que la partie du corps que je vois au loin est bel et bien un orignal. Avec le temps, il est devenu clair dans ma tête qu’il est préférable de repérer l’orignal lorsqu’il est loin, plutôt que lorsqu’il est près de moi. Généralement, l’orignal qui est loin est moins effarouché par notre présence que celui qui est tout près de nous. Donc, une fois que la bête éloignée est repérée, cela me donne habituellement le temps nécessaire pour analyser la scène, le vent, la position de l’animal, son comportement, le parcours pour s’en approcher, etc. Bref, il est plus facile de planifier notre stratégie lorsque la bête est éloignée et d’adapter notre stratégie au fur et à mesure que la distance diminue entre nous et l’orignal. Le port de jumelles contribue à cet avantage.

CONCLUSION

La vision est généralement un sens assez bien développée chez l’être humain. C’est donc un atout essentiel pour chasser l’orignal. Cependant, l’orignal fréquente des habitats dans lesquels il n’est pas toujours facile de le repérer. Heureusement, le chasseur peut s’exercer à développer son acuité visuelle pour repérer un orignal. Le chasseur peut ensuite combiner cette acuité visuelle avec l’utilisation de la «technique du radar» pour utiliser efficacement son temps et ses déplacements tout en maximisant les chances de voir les orignaux autour de soi. L’utilisation d’une bonne paire de jumelles pour confirmer qu’il s’agit bel et bien d’un orignal au loin est un outil indispensable pour le chasseur, car il permet de bien planifier la suite des événements. Sur ce, je vous invite à pratiquer la «technique du radar» avec cette vidéo en ligne : Améliorez votre vision.

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