Oiseau perché, à moitié récolté…
Le petit jour s’installe de plus en plus. Bien installé dans ma tente avec vision à travers sur 270 degrés, j’espère avoir la chance de filmer ma chasse. Normalement je préfère me trouver un poste d’affût directement au sol le dos appuyé contre un arbre, mais pour faire de la vidéo la tente est imbattable surtout lorsqu’on est seul sans caméraman. Sans bouger la tête, du coin de l’œil, je scrute le haut des arbres à ma droite. Trois dindons mâles s’y trouvent et commencent à avoir la bougeotte. Ils sont exactement dans le même arbre où je les avais vus se percher la veille.
Un premier glou glou se fait entendre et rapidement tous les mâles emboitent le pas et lancent leurs cris si typiques à tour de rôle. Ce cri unique qui a le don de donner la chair de poule aux chasseurs de dindon sauvage. Même d’autres mâles perchés plus loin sont stimulés par ces glous glous et indiquent aussi leur position en lançant leurs propres symphonies matinales. Wow! Je suis aux anges et l’excitation est à son comble!
Devant moi dans le champ se trouvent un appelant de femelle couché au sol en position de soumission et un appelant de jake derrière simulant un accouplement imminent. J’espère que mon set-up sera suffisamment provoquant pour inciter un ou plusieurs mâles à se dépercher à distance de tir. La symphonie de glous glous se poursuit pendant plusieurs minutes, mais je vois clairement par leur comportement que leur descente au sol est imminente. J’en profite pour attiser leur excitation en lançant un Yelp de femelle avec ma boite de type à bouton poussoir démontrant l’«intérêt» de mon appelant! Les réponses sont instantanées.
Ça y est! Un premier dindon se déperche, passe au-dessus de mes appelants et se jette à environ une trentaine de mètres. Suivent rapidement les deux autres lascars qui eux se jettent directement devant moi à environ 40 mètres. J’ai maintenant trois toms à portée de tir qui se rapprochent lentement mais sûrement de mes appelants en faisant la roue. L’adrénaline est dans le tapis et j’attends la meilleure occasion pour prendre un tir et peut-être avoir la chance de faire un doublé.
Tout à coup les 3 toms apparaissent dans ma fenêtre de tir. Ils observent le duo d’appelants avec intérêt en passant tout près d’eux et en continuant à démontrer leur prestance, la queue bien ouverte. Enfin un des mâles de profil étire son cou comme pour mieux examiner les oiseaux factices et comme je suis déjà en position de tir depuis un bon bout de temps, je fais feu et l’animal est foudroyé sur place alors que les deux autres dindons prennent panique. Un des toms se dirige vers moi à toute vitesse et ayant encore l’idée d’un doublé, je sors rapidement le canon à l’extérieur de la tente, mais sans succès. Le dindon passe à toute vitesse à moins de 5 mètres et je dois rentrer le canon à l’intérieur pour changer de fenêtre. Je suis le gros volatil les deux yeux bien ouverts en effectuant la visée et par chance il fait un arrêt à environ 30 mètres en s’étirant le cou pour regarder en arrière. Je n’en demandais pas tant et le doublé est facilement complété. Deux beaux toms qui avaient été perchés la veille… Comme mentionné dans le titre, dindon perché à moitié récolté!
Les perchoirs : une question de survie
En fin de journée les dindons sauvages se rapprochent graduellement en marchant du secteur d’arbres matures qui leur serviront de perchoirs pour la nuit. Cette habitude de passer la nuit dans les arbres leur permet de se protéger des prédateurs à quatre pattes (coyote, renard). Il faut dire qu’un peu comme l’humain, les dindons sont dotés d’une vision nocturne peu performante d’où l’intérêt de se percher durant la nuit. Par contre, cette habitude ne les protège pas de prédateurs ailés comme le grand-duc qui a une excellente vision nocturne. Bref, les dindons sauvages se sentent en sécurité dans les arbres la nuit et le chasseur doit être bien au fait de ce comportement pour augmenter ses chances de succès.
Les dindons aperçus en fin de journée ne sont jamais très loin de leur perchoir qui leur servira de dortoir pour la nuit.
Trouver les dortoirs
Lorsque vous apercevez des dindons en toute fin de journée, vous pouvez être assuré qu’ils ne sont pas très loin de leurs perchoirs. Personnellement je les regarde jusqu’à temps qu’ils se perchent. De cette façon on peut souvent connaître exactement l’arbre ou les arbres dans le ou lesquels se trouveront les dindons le lendemain matin. J’ai aussi remarqué que dans la majorité des situations les mâles et les femelles ne se percheront pas dans le même arbre. Ils seront parfois tout près l’un de l’autre, mais à d’autres occasions la distance entre mâles et femelles pourra être significative et devenir un facteur à considérer dans le choix de son site d’affût du lendemain.
Selon l’auteur lorsque possible on devrait observer les dindons jusqu’au moment où ils se perchent pour avoir une idée exacte de l’endroit où ils seront le lendemain matin
Mais on n’a pas toujours la chance de voir les dindons se percher. Souvent on les aperçoit marcher dans un champ et finalement pénétrer en forêt. Dans ce cas on doit extrapoler l’endroit où ils iront se percher et la connaissance du terrain devient alors un atout précieux. À titre d’exemple, dans un de mes secteurs de chasse, les arbres sont généralement jeunes à l’exception d’une ligne de gros trembles ayant été épargnés lors de la dernière coupe forestière. Invariablement les dindons choisissent cette section d’arbres matures comme dortoir. La connaissance de cet endroit devient un avantage énorme, car d’une année à l’autre je sais que les dindons seront presque toujours perchés à cet endroit durant la nuit.
Bien que les dindons sauvages ne soient pas pourvus d’une bonne vision de nuit, à l’opposé, leur vue diurne est exceptionnelle. Lors du choix des perchoirs, ils vont donc habituellement jeter leur dévolu sur de gros arbres matures avec de bonnes branches capables de supporter leur poids.
En bordure de champ ils aiment bien les arbres pas trop touffus qui leur donnent un bon champ de vision sur les alentours, car au petit matin ils vont se servir de leur grande acuité visuelle pour voir leurs congénères déjà au champ (ou nos appelants…) et bien sûr pour détecter le moindre danger.
En forêt, leurs dortoirs se trouvent normalement dans des zones de gros arbres de faible densité leur offrant amplement d’espace pour décoller ou atterrir. J’ai aussi remarqué que dans ma région les dindons choisissent souvent de gros feuillus dégarnis par belle nuit étoilée et sans grand vent, mais vont plutôt opter pour des conifères comme de gros pins blancs lors de journée de mauvais temps (pluie et vent). Ces gros résineux leur offrent probablement un meilleur abri lors de conditions météo adverses.
Trucs de prospection
Lorsqu’on fait de la prospection pour le dindon et en particulier pour dénicher des dortoirs, ayez l’œil pour repérer la présence de déjections au sol sous les gros arbres matures. Une accumulation de matière fécale sous quelques gros arbres pourra bien souvent vous indiquer qu’il s’agit d’un secteur utilisé comme dortoir. Prenez-en note et revenez plus tard pour valider l’information.
La présence de crottins de dindon sauvage sous de gros arbres peut signifier que vous avez découvert un de leurs dortoirs.
Crédit : Adele Hodde IDNR
Où s’installer?
Admettons maintenant que vous avez réussi à percher des dindons la veille de votre chasse. La première étape vers le succès est réussie, mais vous devez maintenant déterminer où vous irez vous mettre à l’affût le lendemain matin. Si vous connaissez bien le terrain, vous aurez probablement une bonne idée du meilleur endroit pour vous installer. Si vous prévoyez installer une tente, je vous suggère d’arriver vraiment très tôt pour vous donner le temps de faire votre installation et pour que les oiseaux aient le temps de se calmer si jamais vous faites du bruit. J’ai aussi remarqué que les oiseaux pardonnent beaucoup plus des erreurs en pleine nuit que si le lever du soleil approche. Mais comme le temps nécessaire pour vous préparer et les risques de vous faire entendre par les dindons perchés sont plus élevés avec une tente, je vous conseille de respecter une distance d’au moins 100 m avec le dortoir. En plus du bruit, vous devrez éviter de vous servir de votre lampe frontale sinon seulement de manière très sporadique pour éviter d’alerter les oiseaux.
Il est préférable d’utiliser la lampe frontale avec parcimonie lorsqu’on s’approche d’un dortoir de dindon alors qu’il fait encore nuit.
Cependant, si vous êtes en mode autonome et que vous prévoyez vous installer en vous adossant simplement à un arbre, vous pouvez vous approcher davantage des oiseaux. En étant plus près, vous augmentez bien sûr vos chances qu’ils se déperchent directement dans vos appelants. Mais personnellement même sans tente j’aime arriver très tôt voire un bon deux heures avant l’arrivée de l’heure légale. Lorsqu’il fait nuit noire, les oiseaux ne voient pratiquement rien et je peux installer mes appelants sans craindre de les effrayer. Par contre les oiseaux ont une excellente audition et à courte distance vous devez absolument éviter les bruits forts et répétés comme par exemple le bris de branches sèches pour se créer une ligne de tir. Trop de bruit pourrait faire en sorte que les dindons prennent une autre direction au moment de se dépercher ou se déperchent à bonne distance.
Si on a perché les dindons la veille dans un secteur qui ne nous est pas familier et qu’on découvre l’endroit en pleine noirceur le lendemain matin, il faudra peut-être faire un compromis en s’installant un peu plus loin et en espérant qu’ils soient intéressés par nos appelants et nos appels. C’est mieux d’avoir de l’action sans nécessairement récolter, que de brûler l’endroit en s’installant le matin et n’avoir aucune chance de récolte. De plus, vous serez encore plus efficace le lendemain, car si les oiseaux se perchent à nouveau au même endroit (ce qui est fort possible) vous aurez toute la journée (alors que les oiseaux sont ailleurs) pour vous préparer pour le lendemain matin et même installer votre tente le cas échéant.
Parfois pour éviter d’effrayer les dindons il pourrait être préférable d’aller s’installer en mi-journée le lendemain après les avoir perchés et de chasser seulement la journée suivante. De cette manière on peut arriver le matin sans faire de bruit et simplement aller se mettre à l’affût.
En terminant
Lorsque le chasseur de dindon a l’opportunité de voir des dindons sauvages se percher en fin de journée il est choyé, car le hasard ne sera pas un facteur pour sa chasse du lendemain. Une fois perché et la nuit bien installée, un dindon ne se déplace plus (à moins qu’un prédateur surgisse) et on n’a l’assurance qu’il sera là au lever du jour. L’action sera alors garantie et les chances de récolte excellente! Ce printemps, prenez le temps d’aller prospecter vos territoires de chasse et prévoyez quelques fins de journée pour percher les dindons. Je vous garantis que vous ne le regretterez pas et que votre taux de réussite sera à la hausse.
Bonne chasse!